Je hais l'été. Je hais ce soleil meurtrier, je hais ces herbes sèches, cette saison vacante où l'on ne fait que réfléchir. J'ai l'impression de ne pas être là, de n'être qu'à demi, de flotter dans l'inconscience. Je véhicule mon âme dans ce corps là, qui se fie du danger. Qui l'attire, même. Un corps qui a peur du Temps, mais ne craint pas la Destruction. Sinon, pourquoi m'habillerais-je si court, pourquoi oserais-je ? Je n'ai pas peur des gens, de leur regard. J'ai supporté l'intolérance, et maintenant, si aujourd'hui, je décide d'être ainsi, c'est pour les blesser dans leurs principes au point qu'ils en souffrent.
J'erre donc, les cheveux au vent, aux ongles noirs sans maquillage donc pas gothique, à la minijupe mais avec des collants noirs opaques et mes Docs Martens donc pas une pouffe, blonde comme les blés, n'arborant aucun signe de mort, et pourtant, me rapprochant du cliché. Qu'ils viennent, qu'ils me hèlent ! Je leur montrerais mon doigt, celui qu'on montre pour mépriser l'autre. Et avec une joie ! Une joie féroce et mordante, comme l'ironie.
Je suis fatiguée, je me sens sans but. J'ai peur pour ma vie. Si je suis le chemin que je me suis fixée, aucun risque que je la rate, mais d'autres éléments sont venus entraver mon chemin, menaçants. La question du bonheur ou du malheur ne se pose plus. La question est : est-ce que c'est bien ça que je veux ?
J'attaque, je brûle, j'offense l'espèce humaine, car je suis moi, et je suis digne de me supporter.
Ceux qui ne me comprennent pas me voient comme un géant de glace et de fer, une armure redoutable, et s'acharnent à trouver les failles pour m'écraser. Des failles qu'ils cherchent, qu'ils trouvent, sans avoir le plaisir de les exploiter. Sauf bien sûr, s'ils pénètrent mon monde, si leur scélératesse va jusqu'à me connaître pour mieux me détruire, m'esquisser un avenir que je veux possible. La cruauté irait-elle jusque là ? Mais pour quelle raison ? La seule aujourd'hui qui me mène à ce qui m'arrive est d'avoir refusé de m'abandonner. Serais-je donc condamnée à choisir un maître, à devenir une chose qu'on s'approprie ?
J'attire, je rebute, je blesse, je fascine, tout à la fois; l'antithèse à son paroxysme. On m'a conseillé de me familiariser, de concrètement devenir un clone. Mais je n'agis plus en conscience. C'est ce qui bouge au fond de moi qui agit pour moi. Et aujourd'hui, je n'ai plus la force, je n'existe plus.
Amen.
Et le printemps et la verdure
Ont tant humilié mon coeur,
Que j'ai puni sur une fleur
L'insolence de la Nature.
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